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Chaque mois, je vous propose une référence culturelle qui nourrit mon regard de photographe et de guide, un livre, une exposition ou une œuvre qui m’accompagne sur le terrain ou entre deux voyages. Ce mois-ci, direction les salles du Louvre, d’Orsay et de Beaubourg, avec un roman qui a conquis les lecteurs bien au-delà de nos frontières : Les Yeux de Mona, de Thomas Schlesser.

Une manière de regarder quand on ne peut plus

Publié en janvier 2024 chez Albin Michel, ce premier roman de l’historien de l’art et directeur de la Fondation Hartung-Bergman s’est écoulé à plus de 500 000 exemplaires en France et a depuis été traduit dans une trentaine de langues. Son sujet : Mona, dix ans, menacée de perdre la vue. Pour que sa mémoire ne retienne pas seulement des images fugaces, son grand-père l’emmène chaque mercredi devant une œuvre différente, du Louvre à Beaubourg en passant par Orsay, cinquante-deux rendez-vous avec Botticelli, Vermeer, Goya, Courbet ou Kahlo, pour lui offrir, avant tout, une manière de regarder.

Une leçon de regard qui parle à mon métier

Ce qui m’a touché dans ce livre, c’est moins l’intrigue que le geste qu’il met en scène : s’arrêter, vraiment, devant une image, et prendre le temps d’en interroger chaque détail avant de passer à la suivante. C’est exactement ce que j’essaie de transmettre lorsque je photographie des œuvres d’art dans les musées et les jardins que je parcours, ou lorsque j’anime mon atelier Parler en images. Une photographie, comme un tableau, ne livre pas tout au premier coup d’œil : elle demande qu’on lui consacre du temps, qu’on la regarde depuis plusieurs distances, qu’on accepte de s’y perdre un peu.

Le dispositif du grand-père, une œuvre, une question, un silence pour observer, rejoint une conviction que je porte depuis longtemps sur le terrain : apprendre à voir n’est pas inné, cela se transmet, patiemment, un regard après l’autre.

Une invitation à ralentir devant les œuvres

Au-delà de son succès, Les Yeux de Mona est aussi un formidable point d’entrée dans l’histoire de l’art pour qui n’ose pas toujours franchir la porte d’un musée. Le livre ne cherche pas l’exhaustivité savante : il donne envie de retourner voir une toile qu’on croyait connaître, de s’attarder sur un détail qu’on avait négligé. C’est cette même envie que je cherche à provoquer avec mes propres carnets de voyage et mes reportages sur les œuvres et le patrimoine que je photographie : donner au lecteur, avant même qu’il ne parte, le goût de ralentir devant ce qu’il regarde.

Si vous cherchez une lecture pour cet été, ou une manière de préparer une prochaine visite au Louvre ou à Orsay, je ne peux que vous conseiller de suivre Mona et son grand-père dans leur parcours à travers cinquante-deux chefs-d’œuvre.

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