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Chaque mois, je partage avec vous un fragment de mes ouvrages, une escale textuelle et visuelle pour prolonger le voyage au fil des pages. En ce mois de juin, je vous propose de vous plonger dans mon livre Indonésie, l’archipel aux mille sourires, à travers un extrait des deux pages consacrées au plus grand monument bouddhiste du monde : le temple de Borobudur. Situé sur l’île de Java en Indonésie, ce sanctuaire en forme de mandala géant est bien plus qu’une prouesse architecturale. Pour le guide comme pour le photographe, il représente une quête spirituelle et esthétique gravée dans la roche volcanique.

Une ascension vers la lumière

Dans ces pages, j’ai voulu restituer ce moment où la brume du matin se dissipe lentement sur la plaine de Kedu et laisse apparaître la masse de Borobudur, posée là depuis des siècles. Gravir cette pyramide à degrés, c’est suivre un véritable parcours initiatique : chaque niveau franchi correspond à une étape du cheminement bouddhique vers l’éveil, depuis les galeries basses où des centaines de bas-reliefs détaillent les vies antérieures du Bouddha et les mécanismes du karma, jusqu’aux terrasses supérieures où l’architecture se dépouille soudain de tout ornement.

Ce contraste m’a fascinée : le passage d’un art narratif, dense et minutieux, à une forme épurée presque abstraite — les soixante-douze stoupas ajourés, chacun abritant une statue de Bouddha tourné vers l’horizon, et la grande stoupa centrale qui couronne l’ensemble. Face aux volcans Merapi et Merbabu, dans ce silence des hauteurs, j’ai essayé de faire sentir au lecteur ce que ce lieu révèle du fameux sourire indonésien : une sérénité qui semble échapper au temps.

L’œil sur le terrain : capter l’esprit du lieu

Dans la mise en page de ces deux pages de l’ouvrage, le défi consistait à faire dialoguer la précision descriptive du guide avec l’émotion de l’instant propre au récit de voyage. La photographie qui accompagne ce texte a été réalisée à l’aube, au moment précis où les premiers rayons du soleil traversent la pierre des stoupas.

Pour le photographe de terrain, Borobudur impose son rythme. La lumière rasante du matin est essentielle : elle vient sculpter les milliers de bas-reliefs et donner du relief aux détails de la pierre volcanique, d’ordinaire si sombre. Travailler sur ce site demande de s’isoler visuellement de la foule pour capter la relation intime entre les silhouettes des Bouddhas de pierre et le paysage de jungle qui les entoure. Ce sont ces instants de plénitude, où l’histoire, la géographie et l’art s’unissent, que j’ai cherché à restituer dans ce chapitre.

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