Lire La Montagne de l’âme, c’est accepter de perdre ses repères.
Le récit avance par fragments, par détours, par glissements de voix. Il ne cherche pas à guider le lecteur, mais à l’accompagner dans une errance intérieure, lente et attentive.
Laisser surgir les espaces
Ce livre a profondément nourri ma pratique photographique. Non pour ce qu’il raconte, mais pour la manière dont il regarde. Gao Xingjian ne décrit pas pour expliquer. Il observe, il laisse surgir. Les paysages traversés — montagnes, villages, forêts, fleuves — ne sont jamais de simples décors. Ils deviennent des espaces mentaux, des lieux où l’on se confronte à soi-même.
Cette approche résonne avec ma manière de photographier. Marcher longtemps, parfois sans but précis. Accepter le silence. Regarder avant de cadrer. Ne pas chercher l’image spectaculaire, mais celle qui s’impose doucement, presque malgré elle.
Le voyage comme expérience intérieure
La Montagne de l’âme rappelle que le voyage n’est pas une accumulation de lieux, mais une expérience intérieure. Que l’essentiel se joue souvent dans les marges, dans les temps morts, dans ce qui échappe au récit linéaire.
Photographier, comme écrire, peut alors devenir un acte de présence. Être là, pleinement, sans chercher à posséder ce que l’on traverse. Laisser le paysage nous transformer, puis, parfois seulement, en garder une trace.