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Outre mon appareil photo, il y a deux objets que j’emporte toujours avec moi en voyage : une carte et un carnet. La carte rassure. Le carnet, lui, doute. Entre les deux se situe l’enjeu de l’écriture de voyage aujourd’hui : guider sans dévoiler, transmettre sans consommer, donner envie de découvrir un lieu sans épuiser son mystère. Une tâche complexe à l’heure où chaque recoin du monde semble géolocalisé, noté, classé, photographié et “optimisé”.

La tentation du “tout dire”

Le guide de voyage classique a longtemps reposé sur une promesse implicite : ne rien laisser au hasard. Adresses “immanquables”, itinéraires clés en main, spots “secrets” listés noir sur blanc : le voyageur se retrouve lecteur avant d’être marcheur.

Or à force de tout dire, on finit par retirer au voyage ce qui le rend vivant : l’imprévu, la lenteur, la spontanéité, la rencontre. Écrire un guide aujourd’hui ne doit plus déboucher sur un inventaire ; il s’agit de déterminer ce que l’on tait autant que ce que l’on montre.

Le carnet comme espace de respiration

Le carnet est une trace. Quand j’écris, je ne cherche pas à livrer un lieu prêt-à-consommer. Je cherche à transmettre une manière d’y être : un rythme, une lumière à une heure précise, un silence, une odeur après la pluie.

Ce sont ces éléments-là qui donnent envie de partir, sans jamais enfermer le lieu dans une recette reproductible. Le carnet raconte comment regarder, pas regarder exactement.

Guider, ce n’est pas spoiler

On confond souvent guidance et dévoilement total. Or guider, c’est ouvrir un chemin, pas le baliser jusqu’à l’épuisement. Dans mes écrits comme dans mes voyages guidés, je laisse volontairement des zones floues.

Ce n’est pas une posture élitiste, mais du respect pour le lieu, pour celles et ceux qui y vivent, pour le voyageur, capable de découvrir par lui-même. Un lieu n’est pas un décor figé. C’est un écosystème fragile, humain, culturel, parfois saturé.

L’éthique du regard et de l’écriture

Être photographe-auteur implique une vigilance constante : chaque image, chaque phrase peut attirer, concentrer, déformer. Écrire sur un lieu, c’est l’exposer.

Alors je préfère parler de sensations plutôt que de coordonnées exactes, de contextes plutôt que de “spots”, d’histoires plutôt que de performances touristiques. Ici aucune une retenue frustrante. C’est un choix d’équilibre.

Donner envie sans voler la découverte

Un bon guide ne remplace pas l’expérience. Il la prépare. Il donne l’élan, pas la conclusion.
Il éveille la curiosité, sans la satisfaire entièrement.

Quand un lecteur ou un voyageur me dit : “Vous m’avez donné envie d’y aller, mais je ne m’attendais pas à ça », je sais que l’écriture a fait son travail.



Si cette manière d’écrire — et de voyager — résonne avec vous, je vous invite à découvrir :

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